29/02/2016

Aux Champs Elysées

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20:00 Écrit par ROSAANNOMA | Commentaires (2)

Commentaires

Merci pour l'air en tête ;-) !

Écrit par : madame F. | 02/03/2016

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On n'avait encore jamais vu, dans le Jura français, un hiver si long et si terriblement froid. Depuis des semaines, le temps se maintenait clair, sec et glacé. Pendant la journée, les vastes pentes neigeuses d'un blanc pâle s'étendaient à l'infini sous un ciel éblouissant. La nuit, une petite lune claire se levait sur ces étendues, une cruelle lune glacée à l'éclat jaune et dont la forte lumière bleuissait, assourdie, au contact de la neige et prenait l'apparence de la gelée elle-même. Les gens évitaient tous les chemins, spécialement sur les hauteurs ; pestant contre le temps, ils restaient paresseusement dans les chaumières des villages dont les fenêtres rougeoyantes paraissaient, de nuit, enfumées dans la lumière bleutée de la lune, et ne tardaient pas à s'éteindre.
Ce fut une période très dure pour les animaux de la contrée. Les plus petits mouraient de froid en masse, même les oiseaux succombaient au gel, et leurs maigres dépouilles furent la proie des autours et des loups. Cependant, ces derniers aussi souffraient durement du froid et de la faim. Il ne subsistait que peu de familles de loups dans cette région, et la détresse les poussa à former une association plus solide. Pendant la journée, ils sortaient isolément. Ici et là, l'un d'eux passait dans la neige, maigre, affamé et vigilant, silencieux et timide comme un fantôme. Son ombre effilée glissait à ses côtés sur la surface neigeuse. Flairant le vent, il tendait son museau pointu et poussait de temps à autre un hurlement sec et tourmenté. Mais le soir, ils décampaient en troupe et se pressaient autour des villages avec des gémisse­ments rauques. Là, le bétail et la volaille étaient sous bonne garde, et on avait disposé des fusils derrière les solides contrevents. Il était rare qu'ils tombent sur quelque petite proie, un chien, par exemple, et déjà deux membres de la troupe avaient été tués.
Le gel ne se relâchait pas. Souvent, les loups restaient couchés ensemble, se réchauffant mutuellement, silencieux et méditatifs, oppressés, dressant l'oreille dans ce morne désert jusqu'à ce que l'un d'eux, avec un sinistre hurlement, se levât tout à coup en sursaut, cruellement torturé par la faim. Alors les autres loups tournaient leurs museaux vers lui, tressaillaient et poussaient tous ensemble un terrible hurlement, à la fois plaintif et menaçant.
Finalement, une partie de la troupe se décida à partir. Très tôt le matin, ils quittèrent leurs tanières, se réunirent et, pleins d'angoisse et d'agitation, s'ébrouèrent dans l'air glacé de l'aube. Puis ils se mirent à trotter d'une foulée régulière. Ceux qui restaient les suivirent d'un regard lointain et vitreux, firent quelques douzaines de pas derrière eux, s'arrê­tèrent un moment, indécis et perplexes, puis regagnèrent lentement leurs tanières.
Le Loup, Hermann Hesse

(Merci Madame F. pour le texte ci-dessus)

Écrit par : rosaannoma | 02/03/2016

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